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Avant de me décider à vous faire partager cette petite histoire, j'ai laissé passer quelques jours et retomber un peu ma colère et mon indignation. En effet, j'ai appris, au fil des années, à ne jamais m'exprimer ou prendre de décision sous le coup de l'émotion, à prendre du recul face aux événements afin de rester juste et objective.

Cela va à priori me permettre de vous raconter cette petite histoire avec une passion contenue, mais je vous préviens, je ne pourrais pas m'empêcher de tirer les conclusions qui me semblent justes et évidentes.

Alors voilà.

Mon métier fait que je suis au contact d'enfants toute la journée, et plus particulièrement amenée à intervenir auprès de ceux qui ont ou posent des problèmes. Parmi eux, il en est un qui a onze ans, et qui depuis près de deux mois ne vient plus au collège où il est inscrit en 6ème... Je l'appelerais Victor.  Dès les premiers jours de son absence, j'ai interpellé la maman, que je connais très bien puisque cet enfant est le 3ème de la fratrie que je suis, et que des problèmes d'absentéisme existaient déjà avec les aînés. Il n'y avait donc ni surprise, ni doute sur la marche à suivre: alerter immédiatement les services sociaux, académiques et les éducateurs en charge de la famille depuis des années... Tout a été fait consciensieusement par les équipes de l'établissement scolaire.

Mais l'enfant ne revenait pas. Nous avons continué d'appeler la maman, qui, enfermée dans un syndrome bipolaire reconnu, dépressive, tantôt nous raccrochait au nez en nous disant qu'elle nous tenait pour responsable des échecs de ses enfants, tantôt le lendemain nous disait que nous étions extraordinaires et qu'elle ne savait plus quoi faire avec son petit Victor qui ne voulait plus venir au collège. Nous avons l'habitude de son comportement, et avons continué notre travail avec elle. 

Et puis un jour, alors qu'avec l'assistante sociale du collège nous discutions du cas d'un autre élève avec un éduacteur des services sociaux de la ville, la soeur aînée de Victor, que j'appelerais Laetitia, scolarisée en classe de 3ème mais absente pour sa part depuis le début de l'année malgré ses 15 ans (et personne qui bouge......), a appelé. C'est l'assistante sociale qui a pris l'appel, et qui a parlé à une enfant totalement affolée: elle racontait qu'elle avait très peur car sa maman, totalement à bout, avait pris des cachets avant de quitter la maison en disant qu'elle ne reviendrait plus et allait se donner la mort. Essayant de comprendre la situation et après avoir pris soin d'être certaine que les gendarmes étaient informés, l'assistante sociale a fait parler l'adolescente afin de savoir comment la situation avait dégénérée. Elle a donc expliqué que son frère, le matin, avait sorti un couteau en menacant sa mère de l'utiliser si elle le forcait à partir au collège.... Et la jeune fille se retrouvait maintenant seule avec ce petit frère tyranique qu'elle avouait elle-même ne pas savoir maitriser....

Voilà la situation.

Au collège, nous avons alors alerté qui de droit immédiatement. Et c'est là que, de la manière la plus claire et la plus succinte possible, je vais vous livrer les événements qui font qu'aujourd'hui ma colère, bien que contenue car sans cela je ne pourrais plus aller travailler et croire que je peux avoir une quelconque utilité, est extrême.

Tout d'abord, le responsable du service social de la ville que l'assistante sociale a interpellé immédiatement après l'appel de Laetitia afin de proposer un placement d'urgence pour les enfants a tranquilement répondu que oui, il était au courant, laetitia l'ayant appelé. Il ne pensait pas que le placement se justifiait, la situation étant malheureusement presque banale et récurrente dans cette famille, et que le juge ne statuerait surement pas. Pour ma part, assise à côté et assistant à toute la conversation en compagnie de l'éduacteur avec qui nous travaillions à ce moment là, j'ai entendu ce dernier dire textuellement, avec la mine blasée et le rictus de celui qui en a trop vu "Héééé oui.... pffffff....... on n'est pas encore dans une situation suffisemment extrême pour demander un placement....pfffffffffffff!!!!". Je suis alors sortie de mes gonds intérieurement, mais, très tranquilement ,car évidemment faire un scandale n'aurait absolument pas fait avancer le problème, je lui ai répondu que très certainement la situation d'urgence que l'on attendait était la mort de l'un des membres de cette famille. Je ne sais s'il a compris le sarcasme, car je suis sortie de la pièce quelque peu agacée, et le mot est bien faible pour exprimer le bouillonement intérieur qui m'habitait.

La sitation est donc restée telle quelle, mais les fameux services interpellés ont pu dormir sur leurs deux oreilles et parfaitement rassurés quant à leur décision de ne pas prendre de décision puisque la maman est finalement rentrée chez elle et la vie familiale normale a repris, entre ses deux enfants soumis à l'obligation scolaire qui  restent au lit ou devant la télé, ses crises d'angoisse et discours incohérents à notre encontre et.... le comble du comble, un gentil médecin (déjà connu pour avoir fait sur Laetitia ses percing lorsqu'elle avait 14 ans au domicile sous les yeux plein d'émotion de sa maman) qui, en fin de semaine dernière, n'a rien trouvé de mieux que de fournir à cette dernière LE certificat médical qui dispense notre jeune Victor, 11 ans je le rappelle, d'obligation scolaire du mois d'octobre à la rentrée qui aura lieu après les vacances soclaires ici à la fin du mois de janvier, soit pour 3 mois...

Comme ça il est tombé ce certificat médical, comme une feuille d'un arbre.

Sans explication bien sûr puisque le dit médecin n'est absolument pas tenu de nous en fournir, des explications.... Mais l'infirmière du collège, aussi éberluée que moi, a tout de même voulu en savoir davantage, au cas ou, presque par bonheur, on aurait appris qu'il y avait une histoire de phobie scolaire la dessous que nous aurions, par le plus grand des hasards, laisée passer... Pourquoi pas après tout?.... Ca aurait presque été la meilleure chose qui pouvait arriver... On pouvait rêver d'un peu de logique dans cette histoire...

On pouvait rêver....

Car non, pas de phobie scolaire.

Le médecin, il n'a même pas fait jouer son fameux droit au silence que ses confrères nous jettent régulièrement à la gueule hstoire de ne pas se justifier devant un certificat de complaisance délivré sans même avoir ausculté un enfant. Même pas il l'a utilisé ce droit.

Il doit être bien en paix avec lui même celui-là en fait.

Mais ce qui s'est passé et ce qu'il a dit, je crois que c'est pire....

A la question: "Mais Docteur X, pourriez vous tout de même me rassurer sur la justification d'un certificat médical autorisant l'absence scolaire de 3 mois pour cet enfant?"

Le médecin a répondu, sans gêne faut il le dire, simplement avec bonhomie: "oh mais vous savez, je le lui ai dis à Madame Y qu'il fallait qu'il aille à l'école Victor, mais elle est tellement désemparée cette pauvre dame. En plus, elle a tellement peur des services sociaux...." (sic!)

A la réponse: "Mais justement docteur, est ce que vous réalisez que tout ce que le collège et également les services sociaux essaient de mettre en place pour sauver cet enfant peut être au mieux retardé et au pire compromis par votre certificat médical?"

Ce joyau drille répond sans la moindre gêne encore: "Ah oui, je n'avais pas vu les choses ainsi.... Mmmmmmmmm! Et bien vous savez quoi? Vous n'avez qu'à le déchirer ce certificat médical!!!!!"

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Vous avez bien lu..........................................................

Evidemment, ni l'infirmière, ni moi-même, ni personne dans l'établissement scolaire ni ailleurs n'est en droit de déchirer un certificat médical, même avec l'autorisation du médecin rédacteur. Nous nous exposerions à une faute professionnelle grave et évidemment à des poursuites de la part de la famille, et éventuellement du médecin avec qui nous n'avons eu qu'une conversation téléphonique.

Bien sûr nous n'allons pas en rester là.

Mais cette histoire, je vous laisse en tirer les conclusions que vous voulez au sujet de la prise en charge des familles déficientes dans leur rôle parental, dans la prise en compte des situations devenues incontrolables. La notion de danger est devenue totalement arbitraire, voire inexistente. En fait, les lois et les textes sont devenus tellement compliqués de manière à soi disant protéger les enfants et éviter les abus qu'il y a pu avoir il y a quelques années concernant des placements d'enfants, qu'aujourd'hui on ne fait plus rien. Il faut savoir qu'à lheure actuelle, si un enfant dit "non je ne veux pas" ou qu'une famille s'oppose à un suivi éducatif, et bien on obtempère.... Elle est là la vérité. D'autre part, cette histoire me fait également m'intérroger sur l'implication de certains médecins (j'ai bien dis certains, je suis bien placée pour savoir qu'ils ne sont pas tous pareils) que pour ma part je n'appelerais plus "médecin de famille" mais commercant de santé qui se foutent royalement de leurs clients - heu pardon patients - et encaissent sans vergogne le prix de la consultation quelqu'en soit le prix humain.

Voilà...

Cette histoire je la vie aujourd'hui, mais ne croyez pas qu'elle soit exceptionnelle, qu'il s'agisse d'un événement isolé. Je pourrais en écrire un roman de ce genre d'histoire depuis que je travaille. Même plusieurs je crois.... Je l'ai choisie parce qu'elle arrive aujourd'hui justement, au moment où je me suis décidée aussi à écrire dans ce blog les choses qui font que j'ai des coups de gueule, des émotions, des envies de partager ce que je crois juste ou injuste.

A vous de vous faire une opinion sur cette tranche de vie, d'en parler autour de vous, d'en tirer les conclusions que vous voudrez.....

Tag(s) : #Mes Billets d'Humeur